La Porsche 964 est la 911 charnière : elle conserve la silhouette et le flat-six refroidi par air de ses aînées, mais ajoute la direction assistée, l’ABS, des ressorts hélicoïdaux à la place des barres de torsion et, pour la première fois sur une 911, une version à quatre roues motrices. Pour l’acheteur d’aujourd’hui, c’est une voiture de collection qui se conduit encore vraiment, à condition de choisir la bonne et de savoir où regarder. Ce guide vous donne la méthode d’un acheteur exigeant, pas celle d’un spéculateur : versions, points de contrôle, pièges d’historique et logique de budget.
Sur les prix, je m’en tiens à ce que je peux vérifier. Le marché de la Porsche 964 occasion est très dispersé : une Carrera 2 coupé de 1991 affichant 161 000 km était proposée à 89 900 € dans une annonce de particulier relevée en août 2026, alors que les revendeurs spécialisés affichent souvent bien davantage pour des exemplaires moins kilométrés. Un seul chiffre ne fait pas une cote : comparez chaque annonce à des ventes conclues et à plusieurs annonces de même version.
Porsche 964 : ce qu’il faut savoir avant de chercher
Présentée fin 1988 et produite jusqu’au début de 1994, la 964 est la deuxième grande génération de la 911 moderne, entre la 911 Carrera 3.2 et la 993. Elle est animée par un flat-six de 3,6 litres développant 250 ch en version Carrera. De l’extérieur, elle ressemble beaucoup à ses devancières, mais près de 85 % des pièces auraient été redessinées : la carrosserie reçoit de nouveaux pare-chocs intégrés et un aileron arrière rétractable, le train arrière est entièrement revu.
- Carrera 4 : la première 911 à quatre roues motrices de série, lancée en 1989.
- Carrera 2 : la version à propulsion arrivée ensuite, plus légère et plus pure en sensations.
- Carrosseries : coupé, cabriolet et Targa, sans oublier le Speedster, rare, et les Turbo.
- Boîtes : manuelle à cinq rapports, ou Tiptronic à partir de 1990 sur la Carrera 2.
Carrera 2, Carrera 4, Tiptronic : quelle version choisir ?
La Carrera 2, pour le plaisir de conduite
La propulsion est la plus légère, la plus lisible et la plus recherchée par les puristes. Elle demande de respecter la voiture sur le mouillé, comme toute 911 de cette époque, mais elle offre la meilleure sensation de pilotage. C’est le choix naturel si vous roulez surtout par beau temps.
La Carrera 4, pour l’usage polyvalent
La transmission intégrale de la 964 date de 1989 et n’a rien à voir avec les systèmes actuels. Elle apporte de la stabilité et de la motricité, au prix d’un poids et d’une mécanique supplémentaires (différentiel central, arbres, joints). Elle se contrôle plus longuement à l’achat. Si vous hésitez, notre comparatif Carrera 4 contre Carrera en occasion détaille l’arbitrage pour les générations suivantes, avec une logique qui reste valable.
La Tiptronic : à réserver à un usage précis
La boîte automatique à commande séquentielle séduit pour la ville et les longs trajets. En revanche, elle est nettement moins recherchée à la revente que la boîte manuelle. À budget égal, la manuelle se revend plus facilement et reste la configuration la plus demandée par les amateurs.
Cabriolet, Targa, coupé
Le coupé reste le plus rigide et le plus simple à contrôler. Le cabriolet apporte le plaisir du vent dans les cheveux, mais exige un examen soigneux de la capote, de son mécanisme et des traces d’humidité dans l’habitacle. Le Targa, avec son toit amovible, a ses propres joints d’étanchéité à vérifier. Pour un tour d’horizon de cette famille, voyez notre dossier sur les 911 Targa et leurs spécificités.
Les points de contrôle mécaniques
Moteur : fuites et culasses
Le flat-six 3,6 litres est réputé robuste, mais il fuit. Les joints de cache-culbuteurs, les joints de cache-chaîne de distribution et certains raccords du boîtier de filtre à huile sont des sources classiques de suintements. Un moteur légèrement humide n’est pas un drame, un moteur qui goutte ou laisse des traces fraîches doit déclencher une négociation, voire un refus.
Selon plusieurs sources spécialisées, les premiers moteurs sortaient d’usine sans véritable joint de culasse et une petite partie d’entre eux fuyait. Porsche a modifié la construction en 1991, avec un joint de culasse et des goujons en acier. Demandez donc l’année exacte de la voiture et la preuve des interventions réalisées sur le haut moteur.
Allumage et courroie de distributeur
Le moteur de la 964 utilise un double allumage, soit douze bougies. Un kit de mise à l’air du distributeur a été ajouté fin 1993 pour limiter la dégradation de la courroie sous l’effet de l’ozone, et il peut être monté sur les voitures plus anciennes. Un moteur qui tourne irrégulièrement ou refuse de monter franchement en régime doit être regardé de près.
Volant moteur bimasse et embrayage
Un volant moteur bimasse équipe la 964 à partir de 1990. Les premières unités ont eu une réputation fragile, et le fournisseur aurait changé en 1992 pour un modèle plus fiable. Au démarrage et à l’embrayage, écoutez les claquements, les vibrations au ralenti et les ratés à la reprise. Exigez la facture si le remplacement est annoncé.
Direction assistée, trains roulants, freinage
La direction assistée est une nouveauté de la 964, et la crémaillère peut fuir sur les voitures vieillissantes. Contrôlez les silentblocs, les rotules et les amortisseurs : les ressorts hélicoïdaux ont amélioré le confort, mais l’usure se traduit vite par un comportement flottant. Sur Carrera 4, ajoutez un contrôle des joints de transmission et du comportement en braquage serré.
Électricité et accessoires
Les faisceaux électriques vieillissants sont une source de défauts sur les voitures très kilométrées. Testez tout : vitres, feux, soufflerie, chauffage, aileron rétractable, verrouillage, tableau de bord. Un faisceau capricieux est plus long à dépanner qu’un simple relais.
Carrosserie et corrosion
La 964 est mieux protégée que les 911 anciennes, mais elle reste une voiture des années 1980 et 1990. Les zones à regarder en priorité :
- Bas de caisse, passages de roues et soubassement : cherchez bulles, soudures récentes et peintures différentes.
- Coffre avant, autour du réservoir et des supports de suspension.
- Joints de pare-brise et de lunette, souvent à l’origine d’infiltrations.
- Alignement des panneaux, jeu des portes et du capot : un accident passé se lit souvent là.
Une peinture refaite n’est pas rédhibitoire, une peinture refaite sans facture ni explication l’est presque. Demandez toujours les photos de la restauration éventuelle.
Les 964 d’exception : RS, Turbo, Speedster
Au sommet de la famille, la Carrera RS de 1992, allégée et dépouillée, la 964 Turbo et le Speedster forment un univers à part. Ces voitures relèvent d’une logique de collection : séries courtes, cotes qui s’écartent nettement de celles des Carrera, authentification indispensable. Si votre projet est d’en rouler une, rappelez-vous que la rareté se paie à l’achat comme à l’entretien. Pour la plupart des acheteurs, une Carrera 2 ou 4 saine et documentée reste le meilleur rapport entre plaisir, accessibilité et sérénité. Notre dossier sur les éditions limitées et la rareté vous aide à juger si la prime se justifie.
Historique, papiers et authenticité
Sur une voiture de plus de trente ans, le dossier fait la valeur. Recherchez le carnet d’entretien, les factures détaillées et les rapports de contrôle technique successifs. Notre guide pour vérifier l’historique et le kilométrage d’une Porsche d’occasion vous donne la méthode, et le décodage du VIN permet de confirmer la version annoncée, la couleur d’origine et les options.
Attention aux appellations flatteuses : plusieurs 964 ont reçu des kits ou des éléments de caisse inspirés des versions sportives, sans en être. Une vraie RS, une Turbo ou un Speedster se prouve par ses numéros, pas par son aspect. En cas de doute, faites relire les papiers par un spécialiste.
Budget : acheter, entretenir, assurer
Avec une 964, le prix d’achat n’est que le début du budget. Prévoyez une réserve pour les remises à niveau qui ne manquent jamais de se présenter : étanchéité moteur, embrayage, trains roulants, freinage, peinture. Un exemplaire bon marché mal entretenu coûte presque toujours plus cher qu’un exemplaire plus cher et documenté.
- Entretien régulier : suivez un calendrier préventif strict, comme détaillé dans notre calendrier d’entretien préventif de la 911.
- Atelier : choisissez un spécialiste des 911 refroidies par air, pas seulement un garage Porsche généraliste.
- Assurance : une voiture de collection peut relever d’un contrat dédié, avec kilométrage limité et valeur agréée.
Comment acheter intelligemment une 964
Faire expertiser avant de payer
Une expertise par un spécialiste est indispensable. Elle coûte une fraction de ce que peut coûter une mauvaise surprise sur une 964. Pour savoir quoi demander, à qui et comment négocier, reportez-vous à notre guide sur l’expertise avant achat d’une Porsche d’occasion.
Négocier sur des faits
Chaque défaut documenté (fuites, joints, pneus, pièces d’usure) est un argument chiffrable. Demandez des devis, pas des impressions. Sur ce marché, un vendeur sérieux accepte de baisser son prix face à une liste de travaux précise.
Se placer pour la revente
Les configurations les plus recherchées sont celles qui sont d’origine, documentées et en bon état : manuelle, peinture d’origine, kilométrage cohérent. Une voiture trop modifiée ou mal documentée se revend plus lentement.
Et si la 964 n’est pas pour vous ?
Si l’âge de la 964 vous inquiète, la génération suivante est souvent plus rassurante à l’usage : lisez notre guide d’achat de la 993, la dernière 911 à air. Et si vous comptez rouler régulièrement, consultez notre analyse de la 911 au quotidien.
FAQ : Porsche 964 occasion
La Porsche 964 est-elle fiable ?
Le flat-six 3,6 litres est solide quand il est bien entretenu, mais la 964 est une voiture de plus de trente ans. Les fuites d’huile, le volant moteur bimasse et l’électricité vieillissante sont les sujets récurrents. La fiabilité dépend surtout de la qualité du suivi, bien plus que du kilométrage affiché.
Carrera 2 ou Carrera 4 : laquelle choisir ?
La Carrera 2 est plus légère et plus pure, c’est le choix des puristes. La Carrera 4 offre plus de motricité et de stabilité, mais ajoute une mécanique à contrôler. Si vous roulez surtout par beau temps, la Carrera 2 suffit. Si vous roulez toute l’année, la Carrera 4 rassure.
La boîte Tiptronic est-elle un problème ?
Ce n’est pas un défaut en soi, c’est un choix d’usage. Elle est agréable en ville, mais elle est moins recherchée à la revente que la boîte manuelle. À éviter si vous comptez revendre rapidement.
Quel kilométrage accepter sur une 964 ?
Le kilométrage compte moins que l’entretien. Une 964 à kilométrage élevé mais parfaitement suivie peut être plus saine qu’une voiture peu roulante restée immobile. Cherchez un kilométrage cohérent avec l’état général et les factures.
Faut-il faire expertiser une 964 avant l’achat ?
Oui, toujours. Une expertise indépendante par un spécialiste des 911 à air permet de repérer les fuites, la corrosion et les incohérences d’historique avant de s’engager.
Pour continuer votre recherche, commencez par les articles liés ci-dessus : ils vous aideront à comparer les générations, à vérifier l’historique et à préparer votre négociation.



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